Pourquoi un Livre blanc ?

Activités diplomatiques et gouvernementales

Les relations internationales et les rapports mutuels entre gouvernements sont l’objet principal de la diplomatie. Celle-ci relève habituellement de la compétence des diplomates professionnels c'est-à-dire des agents de l’Etat. Ainsi la tâche du diplomate consiste à concilier les intérêts respectifs de chacun des Etats qu’il représente et de régler tous les problèmes qui peuvent se présenter entre deux ou plusieurs Etats sans recours à la force. C’est ainsi que l’on considère généralement la diplomatie comme l’art de la négociation entre gouvernements ou d’autres entités en conflit.
 
Mais cette vision traditionnelle a évolué ces dernières décennies avec l’émergence de nouveaux acteurs qui interviennent désormais également dans le champ des relations intergouvernementales. On parle généralement d’acteurs non gouvernementaux (non state-actors). Cette « nouvelle diplomatie » se réfère à des actions engagées au niveau non-gouvernemental à travers des contacts informels et officieux entre des citoyens privés ou des groupes d’individus et des représentants d’organisations non-gouvernementales. Ils sont regroupés sous le vocable anglais de diplomatie « track 2 diplomacy ». Ils poursuivent très souvent les mêmes buts que la diplomatie  traditionnelle reconnue dans le terme  « track 1 diplomacy » qui intervient à travers les canaux gouvernementaux.

La diplomatie « track 2 » ne se substitue pas à la diplomatie « track 1 », elle la complète de plus en plus fréquemment. Elle intervient avec l’idée d’assister les acteurs officiels (les diplomates ou d’autres acteurs gouvernementaux) en les aidant  à résoudre divers problèmes, voire même des conflits, avec des solutions négociées en dehors des exigences et des contraintes relevant des positions officielles.

Cette division des tâches peut s’avérer utile dans la gestion de problèmes complexes ou dans le cadre de vieux contentieux. Les analystes  évoquent aujourd’hui une diplomatie « track 1.5 » dans laquelle une répartition des tâches intervient pour la résolution d’un différend (ou d’un conflit) entre, d’une part, les acteurs officiels et, d’autre part, les acteurs officieux.

Extension du rôle et des fonctions de la société civile

Au niveau national, les préoccupations de la société civile sont perçues comme l’expression d’aspirations qui ne sont pas prises en compte ou insuffisamment prises en compte dans la conduite des politiques publiques. Pour permettre aux politiques publiques de répondre à ces aspirations, elles doivent être portées à l’attention des gouvernants à travers une médiation qui s’inscrit entre les besoins et les attentes de la société civile et les pouvoirs publics. Toutefois, les  fonctions de la société civile ne s’inscrivent pas uniquement dans ce sens. Elles se déploient aussi  en destination des citoyens afin de les inciter à participer à ces enjeux. On parvient dans ce schéma à une forme de tripartition des relations entre gouvernants et gouvernés à travers une médiation  entre gouvernants, société civile et citoyens individuels.

Il en est de même dans le contexte d’enjeux intergouvernementaux. Le recours à une diplomatie par un « Livre Blanc » dans la perspective d’une promotion de la coopération euro-arabe constitue une application de ce principe de tripartition entre gouvernants et gouvernés de différents Etats à travers une consultation préalable (comme une sorte de médiation) des populations concernées.

C’est également une extension du concept « track 1 / track 1.5 / track 2 » dans la mesure où la société civile intervient comme le « chaînon manquant » entre les aspirations communes des populations et les politiques intergouvernementales des Etats. La tripartition s’entend comme une nouvelle organisation des compétences entre ces différentes instances. Elle repose sur l’idée que si l’action diplomatique tend à développer de nouveaux rapports mutuels entre deux ou plusieurs Etats, cette action devrait impliquer  préalablement que  les sociétés civiles et les citoyens concernés définissent ou du moins s’expriment sur leurs besoins et leurs attentes face aux développements de ces rapports mutuels. Tout particulièrement dans les pays arabes, ce qu’on appelle « l’arabellion » rend incontournable une écoute attentive des individus et des sociétés civiles qui furent, sont encore et resteront à la pointe du combat pour la dignité des peuples arabes. C’est à eux qu’il revient de s’exprimer en tout premier lieu. C’est la condition même d’une nouvelle coopération euro-arabe. 

Le recours à l’expression de la société civile pour faciliter l’émergence de rapports qui répondent aux attentes des populations devient dès lors un passage obligé - un préalable - indispensable à toute concertation diplomatique. Et restreindre une future coopération euro-arabe à une seule diplomatie  traditionnelle (track 1 diplomacy » sans consultation/concertation préalable de la société civile constituerait un « déficit diplomatique ».

C’est dans cette perspective qu’un  « Livre Blanc » sur la coopération euro-arabe est envisagé. Un « passage obligé » qui implique une consultation/concertation préalable de toutes les populations de l’ensemble des pays engagés dans la négociation. Dans ce schéma, le rôle de la société civile n’est pas tant de compléter ou se substituer à la concertation entre les gouvernements que d’en constituer le premier pas et de la rendre possible. La société civile devient, au-delà de sa fonction d’organe complémentaire ou d’appui dans la diplomatie « track 1.5 », un auxiliaire indispensable de cette concertation et contribue au développement d’une diplomatie totale et inclusive.